mercredi 14 octobre 2015

Musiques d’Afrique : des stratégies à inventer

La 8ème édition du Kolatier, marché des musiques d’Afrique, s’est déroulée à Yaoundé du 8 au 10 octobre. A côté des concerts, des ateliers et des rencontres professionnelles, il y a eu une table-ronde sur le thème les musiques d’Afrique au profit des acteurs et des Etats africains. C’était le 10 octobre dernier à l’hôtel Mont Fébé.
 
Les organisateurs du Kolatier

Quelles stratégies adopter pour que les musiques d’Afrique bénéficient réellement aux acteurs et aux Etats ? Telle est la question qui a réunis autour d’une table quatre hommes : Kladoumadje Nadjaldongar, directeur de la valorisation au Centre de recherche et de documentation sur les traditions et pour le développement des langues africaines (Cerdotola), Manassé Nguinambaye, directeur du festival de musiques DjamVi au Tchad, Thierno Ousmane Bâ, tourneur et producteur sénégalais installé en Belgique et Luc Yatchoukeu, promoteur du Kolatier et président du Conseil camerounais de la musique.

D’entrée de jeu, Kladoumadje Nadjaldongar a parlé des politiques culturelles des Etats africains. Il existe un florilège d’orientations culturelles promues par les organisations internationales, entre autres l’Unesco et l’Organisation internationale de la Francophonie : à l’exemple de la charte de Naïrobi sur les industries culturelles, la déclaration de Cotonou, la déclaration de Beïrut, etc. Beaucoup d’Etats ont ratifié ces textes, mais le problème se pose au niveau de leur mise en application effective.

Et on constate qu’entre une politique culturelle et son exécution, il y a de sérieux écarts. D’après lui, le problème vient parfois de ce que les modèles soumis aux Etats ne correspondent pas tout à fait à leurs visions. Il a ainsi recommandé de promouvoir des modèles endogènes de gestion de notre patrimoine culturel, en déterminant ce qui est bon à prendre et ce qui est bon à laisser dans la coopération internationale.

Pourtant, malgré ces écueils, la musique peut être un atout majeur dans le développement de certaines villes. Manasse Nguinambaye du Djamvi a expliqué les stratégies mises en place par son festival pour créer de la richesse autour de la musique à Ndjaména. Par exemple des stands au village du festival où des commerçants et micro-entrepreneurs réalisent de bons chiffres d’affaires, l’accompagnement des artistes à la production de leurs œuvres, etc.

Parlant de professionnalisation, Luc Yatchoukeu a souligné le déficit de formation des acteurs de la filière. Pour lui, la forme du produit comptant autant que son contenu, l’artiste doit se faire accompagner par des agents et attachés de presse. Ce à quoi Thierno Ousmane Bâ a ajouté que le talent ne suffit pas, il faut avoir derrière soi une équipe qui peut accompagner l’artiste. Car les plateformes importantes passent par des managers pour négocier des contrats et ne contactent pas directement l’artiste.

Alors que les artistes d’Afrique tournent essentiellement sur le continent, en Europe de l’Ouest et un peu aux Etats-Unis, Thierno Ousmane Bâ a parlé de nouveaux marchés pour les musiques d’Afrique, que représentent l’Asie, l’Europe de l’Est, l’Amérique latine, la Scandinavie… Mais pour se lancer dans ces espaces, cela nécessite que l’artiste ait acquis une certaine maturité et soit entouré de professionnels. Pour ce tourneur, l’artiste en Afrique doit se mettre à la page et, comme en Europe, devenir une société avec une comptabilité, une communication, etc. Les nouvelles technologies aussi sont apparues, changeant le mode de consommation de la musique, avec une distribution en ligne des contenus que les artistes d’Afrique ont tout intérêt à explorer.

 
Pour Kladoumadje Nadjaldongar, il faut que les organisations culturelles soient fortes pour pouvoir influencer les décisions des Etats. Luc Yatchoukeu ajoute qu’il faut créer des entreprises véritables qui puissent payer les impôts et alors, l’Etat va s’intéresser aux arts, et particulièrement à la musique. « Il faut s’organiser et montrer que nous sommes des acteurs du développement et que nous pouvons apporter quelque chose de concret, démontrer l’intérêt que les Etats ont à nous soutenir. Le gros problèmes est de travailler ensemble, de fédérer les énergies ».
En attendant que ce vœu pieu puisse se réaliser, le secteur musical continue à traîner ses maux.

Stéphanie Dongmo 

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